La Haute Route

Qu'est-ce que la Haute Route ?

La Haute Route Chamonix-Zermatt est la traversée à ski la plus emblématique des Alpes. Sur environ 100 km, elle relie l'église de Chamonix (France) à l'église de Zermatt (Suisse) en franchissant une succession de cols glaciaires culminant à plus de 3 500 m d'altitude.

Montée au col du Chardonnet et vue sur l'Aiguille Verte
Montée au col du Chardonnet et vue sur l'Aiguille Verte — © Crédit hauteroute-chamonix-zermatt.com

Le parcours traverse certains des paysages les plus spectaculaires des Alpes : glaciers du massif du Mont-Blanc, haute vallée de Bagnes, plateau du Couloir, glacier d'Otemma, et enfin la descente vertigineuse sur Zermatt avec le Cervin en toile de fond.

Historiquement parcourue en 5 à 7 jours par les randonneurs à ski, la Haute Route est devenue depuis le début des années 2000 un terrain de jeu pour les tentatives de record. Les meilleurs ski-alpinistes du monde s'y affrontent désormais dans une course contre la montre qui exige autant de puissance physique que d'intelligence tactique.

L'itinéraire classique du record part de l'église de Chamonix (1 043 m) et se termine à l'église de Zermatt (1 616 m). Entre les deux, 18 tronçons distincts alternent montées engagées sur glacier, descentes techniques et traversées de haute altitude, totalisant environ 8 200 m de dénivelé positif et autant de négatif.

La tentative de record (FKT) sur cet itinéraire exige une combinaison rare de compétences : endurance exceptionnelle, technique de ski alpin et de ski-alpinisme de très haut niveau, capacité à évoluer en altitude, gestion stratégique de l'effort sur 13 à 24 heures, et une connaissance intime de chaque mètre du parcours.

Les conditions nivologiques jouent un rôle crucial : une neige portante en altitude et une bonne regelée nocturne sont essentielles pour des temps rapides. La fenêtre idéale se situe généralement entre fin mars et mi-avril, quand l'enneigement est encore suffisant mais que les jours sont assez longs et les conditions de gel-dégel optimales.

Les équipes partent généralement très tôt le matin, voire la veille au soir pour les tentatives féminines qui s'étalent sur plus de 20 heures. La navigation de nuit, en particulier sur les glaciers crevassés, ajoute une difficulté supplémentaire considérable.

Carte topographique de l'itinéraire

Carte swisstopo avec l'itinéraire ski de randonnée — © Office fédéral de topographie

Télécharger la trace GPS officielle (.gpx)

L'itinéraire en chiffres

100 km
Distance
≈ 8 200 m
Dénivelé positif
3 650 m
Altitude max (Plateau du Couloir)
Chamonix
Départ — 1 043 m
Zermatt
Arrivée — 1 616 m
Vue sur le glacier de Saleinaz et la montée au col de la Grand-Luy
Vue sur le glacier de Saleinaz et la montée au col de la Grand-Luy — © Crédit hauteroute-chamonix-zermatt.com

Description détaillée de l'itinéraire

Les 18 tronçons de la Haute Route, du départ à Chamonix jusqu'à l'arrivée à Zermatt. Chaque section présente des défis distincts en termes de terrain, d'altitude et de technicité.

10–8,6 kmFaux plat montant

Chamonix → Argentière

8,63 km · +229 m · 1 043 m → 1 263 m

Mise en route sur route puis piste forestière en faux plat montant. Les meilleurs tournent autour de 10 km/h : l'objectif est de lancer la machine sans gaspiller d'énergie.

28,6–17,9 kmMontée

Argentière → Col du Chardonnet (3 323 m)

9,31 km · +2 057 m · 1 263 m → 3 322 m

Première ascension majeure : plus de 2 000 m de D+ jusqu'au Col du Chardonnet. Altitude, portage et cramponnage en font un test complet de puissance et de maîtrise.

317,9–20,4 kmDescente

Col du Chardonnet → Bas Chardonnet (2 855 m)

2,49 km · −464 m · 3 322 m → 2 855 m

Première descente technique, avec couloir raide puis glacier crevassé. Le niveau de ski y crée déjà des écarts significatifs.

420,4–22,5 kmMontée

Bas Chardonnet → Col de la Grand Luy (3 411 m)

2,04 km · +567 m · 2 855 m → 3 411 m

Montée courte mais très raide vers la Grand Luy. Segment explosif où la puissance musculaire et la tolérance à l'acide lactique font la différence.

522,5–29,1 kmDescente

Col de la Grand Luy → La Fouly (1 616 m)

6,58 km · −1 794 m · 3 411 m → 1 616 m

Grande descente vers La Fouly : près de 1 800 m de D−. Lecture du terrain et continuité de ski sont déterminantes pour garder de la vitesse.

629,1–34,7 kmMontée

La Fouly → Col des Planards (2 736 m)

5,63 km · +1 127 m · 1 616 m → 2 736 m

Montée longue et régulière vers le Col des Planards. Terrain moins technique, mais exigeant par la durée et la gestion d'allure.

734,7–40,3 kmDescente

Col des Planards → Barrage des Toules (1 817 m)

5,57 km · −917 m · 2 736 m → 1 817 m

Descente rapide vers le Barrage des Toules. Segment roulant où l'engagement en ski permet de gagner de précieuses minutes.

840,3–45,4 kmMixte

Barrage des Toules → Cordonne (1 927 m)

5,14 km · +270 m / −160 m · 1 817 m → 1 927 m

Segment clé de stratégie : certains choisissent une montée directe, d'autres un tracé mixte avec plus de transitions. Le choix d'itinéraire y pèse fortement sur le chrono final.

945,4–53,2 kmMontée

Cordonne → Plateau du Couloir (3 650 m)

7,79 km · +1 753 m · 1 927 m → 3 650 m

Ascension majeure vers le Plateau du Couloir, point culminant du parcours. Après des heures d'effort, la gestion énergétique et l'altitude deviennent centrales.

1053,2–54,2 kmDescente

Plateau du Couloir → Bas Plateau du Couloir (3 436 m)

1,01 km · −216 m · 3 650 m → 3 436 m

Micro-descente technique sur glacier. Même courte, elle récompense les transitions immédiates et une exécution propre.

1154,2–54,7 kmMontée

Bas Plateau du Couloir → Col du Sonadon (3 509 m)

0,47 km · +74 m · 3 436 m → 3 509 m

Courte remontée de transition vers le Col du Sonadon. Petit segment, mais chaque seconde compte à ce stade.

1254,7–63,5 kmDescente

Col du Sonadon → Chanrion (2 253 m)

8,79 km · −1 321 m · 3 509 m → 2 253 m

Grande descente vers Chanrion, variée et exigeante. Les meilleurs y maintiennent une vitesse élevée malgré la fatigue accumulée.

Montée au Plateau du Couloir, face au Vélan
Montée au Plateau du Couloir, face au Vélan — © Crédit hauteroute-chamonix-zermatt.com
1363,5–73,9 kmMontée

Chanrion → Col de l'Évêque (3 371 m)

10,46 km · +1 129 m · 2 253 m → 3 371 m

Le plus long tronçon en distance : remontée du glacier d'Otemma jusqu'au Col de l'Évêque. La régularité mentale et l'économie gestuelle y font la différence.

1473,9–76,8 kmDescente

Col de l'Évêque → Haut Glacier d'Arolla (2 862 m)

2,89 km · −509 m · 3 371 m → 2 862 m

Descente du Haut Glacier d'Arolla, plus uniforme. Segment rapide où la qualité de glisse prime davantage que la technicité extrême.

1576,8–78,6 kmMontée

Haut Glacier d'Arolla → Col du Mont Brûlé (3 219 m)

1,75 km · +362 m · 2 862 m → 3 219 m

Montée soutenue vers le Col du Mont Brûlé. À ce stade avancé, maintenir une bonne VAM traduit une très grande robustesse physiologique.

1678,6–79,9 kmDescente

Col du Mont Brûlé → Glacier de Tsa de Tsan (3 068 m)

1,37 km · −159 m · 3 219 m → 3 068 m

Courte descente vers le glacier de Tsa de Tsan. Passage parfois délicat selon la neige et l'heure de passage.

1779,9–82,9 kmMontée

Glacier de Tsa de Tsan → Col de Valpelline (3 545 m)

3,03 km · +476 m · 3 068 m → 3 545 m

Dernière montée significative vers la Valpelline. C'est l'ultime filtre avant la longue plongée vers Zermatt.

1882,9–100 kmDescente

Col de Valpelline → Zermatt (1 616 m)

17,20 km · −1 955 m · 3 545 m → 1 616 m

Final de 17 km en descente jusqu'à Zermatt. C'est souvent ici que les écarts se figent, voire s'amplifient, après plus de 12 à 20 heures d'effort.

Dernière descente avec vue sur le Cervin
Dernière descente avec vue sur le Cervin — © Crédit hauteroute-chamonix-zermatt.com

Historique des records

Records de la Haute Route en ski-alpinisme

Masculin (duo)

Mathéo Jacquemoud & William Boffelli13h 27m
5 avril 2026

D’un côté, Mathéo Jacquemoud, immense nom du ski-alpinisme français, multiple champion du monde et double vainqueur de la Pierra Menta, réputé pour sa régularité, sa science de course et sa capacité à enchaîner sans rupture. Guide de haute montagne, il incarne une approche très maîtrisée de l’effort long. De l’autre, William Boffelli, Italien venu du ski de fond, devenu l’un des athlètes les plus complets de sa génération, aussi performant en ski-alpinisme qu’en skyrunning. Ultra-endurant et très technique, il détient notamment le record aller-retour du Mont-Blanc (31 mai 2025), preuve de son niveau exceptionnel sur les longues traversées alpines. Leur association réunit précision tactique et puissance physique, avec une traversée record marquée par très peu de pauses, des transitions fulgurantes et une gestion parfaite de l’effort.

Samuel Équy & Benjamin Védrines14h 54m
10 avril 2023

Samuel Équy incarne le ski-alpinisme moderne dans ce qu’il a de plus exigeant : membre de l’élite française, champion du monde longue distance, très à l’aise dans les formats d’équipe, il allie explosivité, endurance et sens tactique. À ses côtés, Benjamin Védrines apporte un profil radicalement différent : celui d’un alpiniste de très haut niveau, connu pour ses enchaînements rapides sur des sommets mythiques comme l’Eiger ou le Cervin. Leur record avait marqué une rupture stratégique, avec un rythme élevé dès le départ et une approche plus « alpiniste » que purement compétitive, combinant engagement, vitesse et lecture du terrain.

Bastien Fleury & Olivier Meynet16h 35m
21 mars 2016

Bastien Fleury, Chamoniard passé notamment par le PGHM, représente la montagne vécue au quotidien, avec une solide culture de l’efficacité et du terrain. Olivier Meynet, figure polyvalente, s’est illustré aussi bien en ski-alpinisme qu’en ski extrême et en freeride, avec une grande qualité de glisse et une capacité d’adaptation remarquable. Leur record de 2016 a longtemps tenu grâce à une gestion prudente mais extrêmement efficace, dans un contexte où le matériel, les reconnaissances et l’optimisation de l’itinéraire étaient encore moins poussés qu’aujourd’hui. Leur performance reste une référence de solidité et d’intelligence de course.

Stéphane Brosse & Lionel Bonnel21h 11m
2008

Ce binôme appartient à l’histoire fondatrice des records modernes sur la Haute Route. Stéphane Brosse fut l’un des plus grands noms du ski-alpinisme, triple champion du monde, multiple vainqueur de la Pierra Menta et véritable pionnier de la vitesse en montagne. Sa disparition tragique en 2012 lors d’une course à l’Aiguille d’Argentière a profondément marqué le monde de la montagne. Lionel Bonnel, moniteur de ski, traileur et spécialiste des efforts d’endurance, apportait une robustesse et une constance remarquables. Leur performance de 2008 a ouvert la voie aux tentatives modernes, posant les bases d’une approche rapide et engagée de la Haute Route.

Féminin (duo)

Marie Pollet-Villard & Laurie Renoton20h 34m
12 avril 2026

Marie Pollet-Villard appartient à la nouvelle génération française du ski-alpinisme : championne de France espoir, formée au haut niveau, elle se distingue par sa régularité et sa capacité à tenir un rythme constant sur la durée. Laurie Renoton, issue d’un profil plus polyvalent entre ski-alpinisme, trail et sports de montagne, excelle dans les sections techniques et les terrains variés. Leur record marque un nouveau cap pour le niveau féminin sur la Haute Route, avec une approche très moderne : transitions rapides, gestion optimisée de l’effort et engagement constant, signe de la montée en puissance du niveau féminin sur les longues traversées.

Hillary Gerardi & Valentine Fabre22h 35m
7 avril 2026

Hillary Gerardi est mondialement connue pour ses performances en trail et skyrunning, notamment autour du Mont-Blanc, où elle a établi plusieurs références majeures. Elle apporte une endurance exceptionnelle et une capacité à maintenir un effort très élevé sur la durée. Valentine Fabre, ancienne athlète de Coupe du monde de ski-alpinisme et médecin, possède une immense expérience de la montagne, tant en compétition qu’en alpinisme. Ensemble, elles forment un duo extrêmement complémentaire : puissance et endurance d’un côté, maîtrise technique et expérience de l’autre. Leur record illustre une progression spectaculaire du niveau féminin, avec une approche désormais très structurée et proche des standards masculins.

Clara Masserey & Gaëlle Perrier23h 35m
4 avril 2025

Ce duo suisse, très homogène et expérimenté, a marqué une étape importante dans l’histoire récente de la Haute Route féminine. Clara Masserey, issue de la jeune génération helvétique, s’est rapidement imposée comme une athlète solide sur les formats par équipe. Gaëlle Perrier, plus expérimentée, figure bien connue du ski-alpinisme suisse, apporte une grande régularité et une excellente gestion des efforts longs, notamment sur les courses nocturnes. Leur record avait déjà fortement abaissé la marque précédente grâce à une progression régulière, une excellente gestion de la nuit et une parfaite complémentarité, dans un style à la fois efficace et sans excès.

Valentine Fabre & Hillary Gerardi26h 21m
6–7 avril 2021

Première grande référence moderne féminine sur la Haute Route, ce binôme a marqué un tournant dans la discipline. Valentine Fabre, forte de son expérience en Coupe du monde et en alpinisme, et Hillary Gerardi, spécialiste de l’endurance extrême, avaient réussi une traversée engagée et parfaitement préparée. Ce record a marqué le début de la professionnalisation des tentatives féminines : reconnaissance précise de l’itinéraire, stratégie optimisée et préparation spécifique. Leur performance a ouvert la voie à une nouvelle génération de duos féminins toujours plus rapides et structurés.

Arrivée sur Zermatt
Arrivée sur Zermatt — © Crédit hauteroute-chamonix-zermatt.com

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